Chronique dans Spirit of Metal

Ca y est, le Elend nouveau est arrivé. Dites donc, il s'en est passé, des choses, en trois ans. Après avoir enregistré une première version de l'album dans la suite logique de Sunwar the Dead, et déçus par un mixage qui ne satisfaisait pas leurs attentes, Renaud Tschirner et Iskandar Hasnawi ont reporté la sortie de l'album pour travailler encore. Leurs dates et celles du studio ne correspondant plus, le projet va traîner encore deux ans... Et subir une remise en forme totale. Iskandar ayant décidé d'utiliser les morceaux de son projet parallèle, l'Ensemble Orphique, qui semblent ne jamais devoir sortir. Inspiration fortement issue de la musique contemporaine, donc. Le résultat?
Une oeuvre noire (mais noire... The Umbersun c'est plein été à côté). Une oeuvre chaotique, une oeuvre violente, une oeuvre tortueuse, nauséeuse, dissonante... Je m'arrête là, je pourrais trouver cent termes qui la définiraient plus ou moins. Précisons.
L'orchestre est réduit, passant de 50 membres à 20. Ne croyez pas que l'album soit moins puissant que Sunwar, bien au contraire. C'est le son le plus énorme qu'Elend ait jamais affiché. Accrochez vous, ça remue sévèrement. Des cordes de plus en plus abstraites, qui forment des nappes de sons dérangeantes, parsemées de lapsus volontaires qui rajoutent une dimension malsaine que n'avait pas les précédents albums, même The Umbersun. Des cuivres qui déchirent le son des cordes en de grandes envolées lyriques et déchirantes, des samples industriels venant soutenir les ambiances ou les pics musicaux. Un chant féminin qui fait son grand retour, pas ou peu de texte mais des choeurs omniprésents et des hurlements déments (Estéri Rémond fait carrément peur, écoutez Borée pour voir). Pas de chant masculin, mais une narration sombre (et tout en français cette fois, s'il vous plaît), qui brise même les mélodies que les voix chantantes pourraient amener. Ici, tout est chaos et abstraction.
Là ou Sunwar the Dead jouait la clé d'un grand nombre d'ambiances abordées et ratait un peu son coup à cause de cela, AWITS joue la carte de l'intégrité monolithique, gardant le même style tout le long et se permettant à peine une montée en puissance au début (l'habituel titre ambiant ouvrant un disque d'Elend est ici réduit à la première minute de la première chanson, qui rentre déjà bien dans le lard) et une descente chromatique sur la fin (l'album se calme un peu après le pic sonore ultime de la Carrière d'Ombre).
Et ça marche bien. Extrêmement bien. Ici, Elend ne cherche plus le beau dans les ténèbres comme dans The Umbersun (oui, je cite souvent cet album, il faut dire que c'est lui aussi la conclusion d'un cycle mais que c'est aussi celui qui a le plus d'impact sur moi, et qui est le plus recherché de tous avec A World In Their Screams), mais une brutalité noire et torturée. Si comme moi, vous aimez qu'une musique prenne au tripes, vous mette l'esprit en surchauffe, si vous aimez plus que tout l'esthétique de la noirceur, alors cet album est pour vous. Une fois, cent fois. Amateurs de classique, essayez donc. Amateurs de contemporain, jetez vous dessus les yeux fermés. Amateurs de dark ambiant, d'industriel, de néoclassique, foncez. Black métalleux, si vous êtes ouverts à d'autres mondes musicaux, achetez le. Et pour tout le monde en général: essayez quand même, on ne sait jamais.
Donc voilà, Elend a bien rattrapé la légère baisse de régime que constituait Sunwar the Dead, et nous livre son oeuvre la plus remuante de toute sa discographie, et sans doute la meilleure (enfin, non, plutôt aussi bonne que The Umbersun, dans un genre moins mélodique). Sans doute la plus dure à comprendre aussi, mais ça en vaut la peine.
Notez au passage quelques titres particulièrement bons: l'éponyme A World In Their Screams, Le Dévoreur, Borée et La Carrière d'Ombre. Grandiose.
Corwin 19/20

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