Chronique dans VS-Webzine

Dark Tranquilou: Dis moi Uriel, le Elend dont on parle aujourd'hui, c'est bien le même groupe qui a terminé avec « The Umbersun » (il y a déjà 5 ans) l'Office des Ténèbres? Je croyais qu'ils étaient morts.

Uriel: Attends voir que je mate le line-up... Iskandar Hasnawi: présent. Renaud Tschirner: à la barre. Nathalie Barbary: fidèle au poste. Oui, le noyau du groupe est bel et bien inchangé. Mais je crois que ta question sous-entendait de savoir si, oui ou non, la touche Elend est bel et bien reconnaissable au fil de cet album, premier opus d'une nouvelle trilogie annoncée. Sur ce point je répondrai que oui, on ne peut se méprendre sur l'identité d'une musique où, malgré les changements évidents liés à l'entrée dans un nouveau concept et à l'intégration de sons et méthodes de composition inédits, l'on sent bien respirer sous la surface l'héritage fastueux de l'Office des Ténèbres. Mais avant d'approfondir la chose, peut-être serait-il de bon aloi d'avoir une pensée pour nos lecteurs néophytes qui n'ont pas vécu la période "nineties" du groupe, et de procéder à un bref récapitulatif de ce qu'est Elend et de leurs réalisations à ce jour. Voudrais-tu bien avoir l'obligeance de t'en charger?

Dark Tranquilou: Ah, Elend! Il s'agit en fait d'une formation franco/autrichienne (quand la France a des parts dans un groupe aussi important, il est bon de le préciser) qui durant la deuxième partie des années 90 nous a livré une pièce de musique magistrale, nommée l'Office des Ténèbres, décomposée en trois albums. Le groupe œuvrait alors dans un gothic dark symphonique (c'est pas moi qui le dit, c'est le label) et n'avait cessé de proposer une musique de plus en plus riche au fil des albums. Tout avait commencé avec « Leçons de Ténèbres » qui avait posé les bases de ce qu'allait devenir le groupe, on trouvait sur cet album des arrangements symphoniques associés à des hurlements caractéristiques, violence et beauté copulaient déjà allègrement pour le plaisir de nos oreilles. Le deuxième volet de la trilogie « Les Ténèbres du Dehors » proposait une musique plus riche et plus travaillée au niveau des ambiances, les orchestrations symphoniques étaient aussi nettement plus violentes. La fin de la trilogie que constituait l'album « The Umbersun » était un manifeste de violence, jamais le groupe n'était allé aussi loin. La trilogie suivait en fait la liturgie catholique, nous avions donc un commencement plutôt mélancolique suivit d'une montée de violence sur le deuxième album et enfin la dernière messe qui se voulait plus sombre. Au niveau des textes tout tourne autour du nom de Dieu et de Lucifer l'ange déchu, mais n'étant pas un théologien, je préfère ne pas trop rentrer dans le détail. Voilà, cette trilogie étant terminée, Elend a entrepris la réalisation d'une nouvelle. En terme de composition, le groupe reprend là ou il s'était arrêté avec « The Umbersun » ou bien a-t-il choisi un mode d'expression différent?

Uriel: Et bien je note avant toute chose que tu as employé quatre fois le mot « violence » (ou « violent ») au cours de ta synthèse de la carrière d'Elend. Voulu ou non, ceci n'est pas innocent, et souligne parfaitement le contre-pied artistique auquel s'est livré le groupe durant son triptyque (tout comme toi j'exclue le karaoké « Weeping Nights » de l'exégèse elendienne): créer une musique à base d'éléments symphoniques qui génère un trouble et une tension orageuse tout aussi marquants sinon plus que n'importe quel tumulte métallique. Il convient tout de même de préciser que l'idée de violence n'étant jamais explicitement désignée en tant que telle, elle ne renvoie qu'à elle-même, et par là à l'évidence de sa présence dans l'œil d'un concept qui « débauchait » au profit du mal l'une des manifestations les plus occultes et ombrageuses de la liturgie romaine: les Leçons de Ténèbres. Maintenant pour embrayer sur ta question et sur ce que j'ai déjà laissé entendre auparavant, je trouve qu'Elend restent très identifiables. Evidemment les changements de surface sont radicaux et concernent principalement la refonte de l'ensemble vocal: exit la paire hurlements lucifériens - arabesques lyriques, place à la prédominance d'un chant clair masculin au timbre désabusé (voisin d'un Brendan Perry), épaulé mais jamais relayé par les vocalises, discrètes et sans texte, de la soprano Nathalie Barbary. De ce fait on est loin de la répartition des tâches d'un « Les Ténèbres du Dehors », ce qui fait sans doute dire à certains que le groupe a complètement changé de visage. Là-dessus se greffent de nouveaux éléments comme des rythmiques chaloupées proches du trip-hop, des percussions tribales, ou encore des vrombissements tectoniques agrémentés de carillons perdus dans le brouillard, sans parler d'une utilisation beaucoup plus restreinte de la manne symphonique – les lignes de violon ou de clavecin, très pures, se conjuguent fréquemment au singulier et non plus en murailles déchaînées - qui montre ce qu'Elend doit au Dead Can Dance de « Within the Realm of a Dying Sun » pour la beauté des ambiances dépouillées. Malgré tout il n'est pas nécessaire de faire un effort surhumain pour pêcher en moult occasions des réminiscences du Elend de jadis, que ce soit dans le débit impassible de la prose, la consistance des arrangements et, un aspect qui saute aux yeux, les déviations enharmoniques de tonalité - comme des baisses de tension - que l'on retrouvait déjà dans les recoins les plus minimalistes de « The Umbersun », tout comme d'ailleurs ces textures de voix féminines fantomatiques, en suspension énigmatique derrière l'instrumentation. Certes l'évolution est là, comment pourrait-il en être autrement après cinq années pleines consacrées à réfléchir à une nouvelle direction et à faire fructifier des acquis de composition déjà consistants, mais je suis d'avis que le plus gros de la mutation (effective) d'Elend est à rapporter encore une fois à l'inhumation du concept précédent. Le fait est qu'en se dépossédant du costume très lourd à porter de l'Office des Ténèbres et de sa cohorte de références obligées à la musique classique, Elend sont désormais « devenus » Elend. Non pas qu'il n'y ait pas ici de concept propre - nous en reparlerons sûrement dans une poignée de paragraphes - mais l'impression est que la doublette magique Hasnawi-Tschirner s'approprie désormais bien plus intensément non seulement la parenté, mais aussi le corps de leur musique et ainsi son histoire, pas à pas, souffle pour souffle. Désormais les parties calmes apaisent, les parties tristes émeuvent, les parties cruelles agressent, il n'y a plus de demi-mesure et d'éternelle association à un tissu conceptuel exogène que le mouvement des pièces se devrait d'expliquer - et ceci bien que, sur « The Umbersun », le groupe avait déjà développé une lecture théologique des Messes totalement détachée de l'obédience miltonienne des débuts, ce qui n'avait pas manqué de se ressentir sur une musique tournant le dos au Baroque et au Renaissance pour privilégier la révolution du Romantisme. Enfin, bien malin celui qui ira à présent chercher des références nettes et incontestables auxquelles rattacher « Winds Devouring Men » dans son génial ensemble, conflit élevé d'ascèse et de démesure. Personnel, nouveau, provocateur, monumental, éclectique et pourtant respectueux d'une certaine unité et de la dignité des instruments choisis. Même les assauts industriels corrosifs ne s'excentrent jamais d'une optique orchestrale pure, on est plus proche des dissonances avant-gardistes de Penderecki que des orgies d'impacts infernaux d'un In Slaughter Natives, par exemple. C'est à peu près comme ça que je vois « Winds Devouring Men » par rapport au Elend des 90's, tout en sachant que mon exploration de cet album est encore loin d'être complète et que j'ai probablement mal compris certains points ou négligé des passerelles intéressantes en route. D'ailleurs tu as certainement des trucs à objecter ou à rajouter, pas vrai? Dans tous les cas, au point où nous en sommes il serait peut-être intéressant pour garder nos lecteurs en éveil de suivre morceau par morceau le déroulement de l'album, mais loin de moi l'idée de te forcer la main.

*The Poisonous Eye*
Dark Tranquilou: Tout d'abord, ce qui frappe le plus sur le premier morceau, c'est le dépouillement de la musique. La voix est très en avant (le mimétisme avec celle de Brendan Perry est impressionnant) quelques chœurs masculins et féminins viennent la soutenir. Un violon rempli de désolation vient hanter le morceau, aidé dans son entreprise par des samples indus. D'entrée de jeu le groupe instaure une ambiance pesante avec ce morceau qui augmente en intensité au fil des minutes. Ce qui choque le plus pour un habitué de la musique d'Elend, c'est l'absences de cris: on attend des hurlements qui ne viendront jamais. Cela désarçonne au début mais force est de constater qu'ils n'auraient pas eu leur place sur cet album.

Uriel: Oui, gardons à l'esprit qu'avec ce morceau, c'est un peu comme si Elend sortaient d'une profonde hibernation, et les premières mesures mettent ceci en application de la façon la plus touchante qui soit. Roulement de ténèbres, portrait de limbes parcourues de silences, ligne solitaire de synthé qui serpente lentement hors des ruines de « The Umbersun », engourdie, vers une surface encore invisible, puis la naissance des mots sur cette proclamation: « We've waited so long... ». Quel témoignage plus vrai et plus ardent de ces années d'attente et de génie au placard? « The Poisonous Eye » permet une acclimatation graduelle au nouvel univers d'Elend, où nous attendent – comme tu l'as évoqué – certaines surprises et certains délices qu'il faudra conquérir à force de patience et de vigilance.

*Worn Out With Dreams*
Dark Tranquilou: Le deuxième morceau est marqué par un clavecin maladif qui nous plonge dans des profondeurs encore plus abyssales, ce ne sont pas les parties de violons qui vont atténuer cette sensation de malaise, au contraire. Jamais la sobriété n'aura été si oppressante, on est loin des parties surchargées de « The Umbersun » et pourtant la touche Elend est immédiatement identifiable. Chaque note a été mûrement pensée et réfléchie pour accentuer l'impact de la suivante, l'évidence n'est pas de mise sur une telle œuvre.

Uriel: Ce morceau est sublime, pour moi le plus émouvant d'un album qui ne manque pas de joyaux. Cela est en partie dû à son déroulement dépouillé, qui culmine dans de magnifiques oratorios masculins (quels textes exceptionnels!) soutenus par le chant soprano et, au second passage, par le clavecin devenu atout rythmique. Tout au long du morceau les violons tissent comme une traîne de mousseline blanche qui ondule lascivement, attendant son heure, vers la fin, lorsque les voix se taisent et que l'archet soliste peut partir frôler l'éther dans une courte mais intense litanie subitement coupée des racines mortuaires du morceau. On découvre un Elend tellement fragile qu'on n'ose lever le petit doigt de peur de voir la magie de la musique se désagréger comme un mirage de cristal. Epoustouflant!

*Charis*
Dark Tranquilou: La suite de l'album est tout aussi vide d'espoir et de lumière. Les violons du troisième morceau qui reviennent de façon lancinante poursuivent le travail amorcé sur les deux premiers. On note également l'arrivée au premier plan des instruments à vent. A ce stade de l'album on est déjà envoûté par la musique.

Uriel: Très juste, même le sceptique et le mécréant devraient déjà être à genoux, alors pour le fan, les rotules commencent à peler... « Charis » brille dans la continuité d'un tracklisting assemblé avec sagacité. Le fait marquant sera la façon dont les violons se répondent en motifs brefs qui semblent annoncer un envol lyrique mais retombent aussitôt après le décollage et offrent ainsi à des vocaux gagnant en assurance un terrain fragmenté dont l'alliance de sobriété et d'harmoniques mineures n'est pas sans rappeler le mode de composition de certaines pièces d'Arvo Pärt, pas la plus insignifiante des références, dirons nous...

*Under War-broken Trees*
Dark Tranquilou: A partir du quatrième morceau on commence a ressentir une montée en puissance, l'association chœurs/samples/clavecin/violons ne laisse aucun échappatoire, la sensation de malaise est bien présente, on commence même à avoir du mal à respirer.

Uriel: Lorsque je parlais d'une continuité sous-jacente dans l'œuvre d'Elend, la section médiane de ce titre tend à apporter de l'eau à mon moulin, puisque le narratif mystique en français, les chœurs féminins désincarnés, l'arrière-plan aux bourdonnements inquiétants, tout cela nous ramène à « The Umbersun ». Le reste du temps, effectivement, la fabrique orchestrale se densifie et les mélodies deviennent plus autoritaires ; la tension générale pointe vers un orage qui rôde et brûle de sourdre du tapis de nuages noir planant désormais au-dessus du disque...

*Away from Barren Stars*
Dark Tranquilou: « Away from Barren Stars » rappelle avec ses tintements de cloches en début de morceau qu'on est toujours vivant mais pour combien de temps? La fin du morceau est plus rythmée que le début avec des passages dissonants d'une noirceur insondable.

Uriel: Pas mieux. Le dernier oasis de sérénité avant la tempête – métaphore marine qui a son importance. Notons que les percussions finales ont quelque chose d'incantatoire, pour ne pas dire de malfaisant, tandis que les saturations flirtent avec les frontières du supportable (portez le CD à plein volume à ce moment là pour comprendre de quoi je parle).

*Winds Devouring Men* + *Vision Is All that Matters* Dark Tranquilou: Le morceau titre est en fait un instrumental qui démarre calmement pour dégénérer au bout de deux minutes en une orgie sonore ou samples et violons copulent allègrement, cela prépare le terrain pour le morceau suivant qui est peut être la première trace de violence proche de celle présente sur les premières réalisations du groupe ; les instruments à cordes se veulent menaçants et tiennent l'auditeur en haleine.

Uriel: Après le tumulte de « Away from Barren Stars », c'est comme si la coquille de noix où l'on se trouvait avait été avalée par un tourbillon, et l'on se réveille dans l'œil du cyclone avec cette fausse impression de quiétude qui, tu l'as dit, ne tarde pas à se muer en une nouvelle épreuve sonore extrême pour les sens. Le cauchemar tombe le masque, il est désormais plus psychique que matériel, et il va falloir s'accrocher pour émerger à l'air libre. Grandiloquence et discordance reviennent régulièrement à l'attaque comme un prédateur des profondeurs, jamais repu mais patient dans la besogne et avide de voir sa proie se tordre de douleur. L'orchestre hurle et chavire dans le néant, les chœurs autrefois angéliques sont des oracles de mort imminente. Dans l'un des moments de répit, la phrase symbolique « We've waited so long » réapparaît, mais cette fois-ci le soulagement d'une renaissance n'a-t-il pas laissé place à la résignation? Difficile de détourner son attention des enceintes dans l'attente fébrile d'un dénouement.

*The Newborn Sailor*
Dark Tranquilou: Le début de « The Newborn Sailor » est plus reposant avec ses chœurs féminins mais ce n'est qu'une fausse impression, l'ambiance désabusée est vite revenue.

Uriel: Et pourtant ce morceau marque nettement le retour à la « normale », la reprise de l'odyssée en quelque sorte, même s'il est évident que quelque chose a changé, s'est brisé peut-être, à l'épreuve du chaos. La progression fragile et hésitante (si vous avez suivi vous comprendrez aisément que ces termes n'ont rien de dépréciatif dans le contexte) des premiers titres n'est plus de mise, désormais Elend tiennent bon la barre. Le leitmotiv vocal « A Newborn Sailor » cingle comme un cap à tenir. Les fondations rythmiques sont bien ancrées avec une once de cette fameuse influence trip-hop que beaucoup de monde semble brandir comme un spectre déshonorant, mais qui s'adapte parfaitement à l'objectif de la chanson, une sorte de force de transition qui éloigne le vaisseau des turbulences et le porte avec détermination vers un horizon nouveau. Et si c'était ici la « petite » fin de « Winds Devouring Men »?

*The Plain Masks of Daylight*
Dark Tranquilou: Le morceau suivant berce nos âmes qui doivent être perdues quelque part, je ne sais où, loin de nos corps sans doute. Les sons de cloches renforcent cette idée de fin, le piano sobre et glacial qui termine le morceau se charge de nous amener de l'autre côté.

Uriel: Absolument, « The Plain Masks of Daylight » a quelque chose de terminal et aussi d'irréel, tant tout semble s'y dérouler au ralenti. Peut-être une réminiscence de tous les drames qui viennent de se jouer...

*A Staggering Moon*
Dark Tranquilou: Lorsque « A Staggering Moon » commence on se rend compte qu'on est toujours là, bien vivant, et que finalement la souffrance n'est pas prête de s'arrêter, ce n'est peut être que le début.

Uriel: La musique a ici au début un côté très interrogateur avec ce motif de clavier espiègle qui semble narguer les vocaux avec les autres instruments en écho harmonique. Puis tout devient lourd et obscur, les violons et le chant féminin recouvrent un peu de leur lyrisme mais leur expression demeure celle du désarroi. Un très beau générique en fondu qui ne peut que mettre en appétit pour les péripéties à venir.

Dark Tranquilou: La musique d'Elend est tellement chargée en émotions qu'il est difficile de la retranscrire avec des mots, elle se vit. Celle-ci ne se laisse pas apprivoiser facilement, en fait plus on l'écoute et plus on l'aime. Bref pour résumer, j'invite tout le monde à vivre cette musique. Elend, qui est un genre musical à lui tout seul, ne cesse de redéfinir la dimension tragique de sa musique. J'imagine que tu t'es laissé submergé par cette œuvre, outre l'aspect musical, les textes ont une importance primordiale, peux tu nous éclairer sur le contenu textuel de cet album? Et tant qu'on y est, comment vois tu l'après-« Winds Devouring Men »?

Uriel: Me lancer dans un décryptage des lyrics serait une entreprise hasardeuse et, j'en ai peur, un brin prétentieuse. Je me contenterai donc d'un peu d'information: « Winds Devouring Men » se base sur un poème épique en prose germé de l'esprit apparemment très fertile d'Alexandre Iskandar Hasnawi. Le texte développe de l'aveu du groupe certains parallélismes avec l'Odyssée d'Ulysse telle que contée dans l'œuvre d'Homère, mais je n'en sais pas davantage. Ce que je peux par contre mettre en avant, c'est justement la tangence troublante entre la musique et cette impression de lente dérive aux multiples épisodes, propre à l'Odyssée, d'où le rapport très étroit entre le concept et sa réalisation artistique placée (le titre nous le dit) sous le signe des vents. Les vents comme la force cinétique qui emmène un homme vers sa destinée, mais aussi parfois comme le mur qui se dresse entre la réalité et les objectifs, les vents encore comme la douce brise qui éclaircit les idées lorsqu'elle glisse sur le visage, ou bien au contraire comme cet ouragan qui balaye en quelques secondes ce que l'on a mis une vie à édifier. Le vent qui donne la vie, le vent qui la reprend... fertilité contre destruction, mer de contrastes... « Vision is all that matters to a wayward traveller »: où comment remettre sa fortune et ses rêves à une puissance qui nous dépasse.
Maintenant je ne veux pas spéculer sur ce que sera Elend dans les années à venir, car je préfère de beaucoup me donner corps et âme à ce disque qui est loin d'avoir fini de livrer ses secrets. Tout au plus, je devine sans mal que cette troupe unique dans le paysage de la musique sombre recèle encore bien des possibilités et, que ce soit avec Elend ou avec la nouvelle entité annoncée Ensemble Orphique, j'espère qu'ils sont très loin d'avoir fini de nous arroser de telles merveilles. Au point où nous en sommes, il est peut-être temps de s'accorder sur une note. Personnellement je pose 20/20. Loufi va encore gueuler, lui qui fait la chasse aux notes trop élevées, mais franchement comment faire autrement? « Winds Devouring Men » n'a pas quitté mon lecteur depuis trois semaines et le pied indicible que je prends à l'écouter semble gonfler d'une unité à chaque fois... Le meilleur Elend? Au diable la nostalgie, je dis oui!!! A toi de conclure mon ami.

Dark Tranquilou: aïe aïe aïe, d'un côté Loufi qui fait la chasse aux notes trop élevées, de l'autre certains lecteurs qui ne supportent pas une chronique de plus de dix lignes, on va ramasser! C'est pas grave, c'est pour Elend, non seulement j'assume mais en plus je continue. Nous avons parlé jusqu'à maintenant du contenu de l'album, parlons un peu du contenant. L'album est disponible en édition limitée digisleeve, le travail est très soigné, parfaitement à l'image de la musique: sobre et beau, le plaisir des oreilles est associé au plaisir des yeux. Cerise sur le gâteau, cette édition (dépêchez vous, il n'y en aura pas pour tout le monde!) renferme un titre supplémentaire: « Silent Slumber: A God that Breeds Pestilence ». Alors oui, on pourrait vous le décortiquer, l'analyser, le disséquer ou je ne sais quoi mais vous n'auriez plus de surprise. Un indice: il est aussi bon que le reste. De toute façon si vous n'êtes pas encore convaincu que cet album est indispensable, je ne sais pas ce qui pourrait vous faire changer d'avis.
Mon très cher Uriel, concernant la notation je te suis à 100%, je mets 20/20 uniquement parce que je ne peux pas mettre plus. A ce niveau il faudrait carrément redéfinir tout les barèmes et le système de notation sous peine de voir toutes les sorties des prochains mois osciller entre 2 et 3.

20/20
Dark Tranquilou & Uriel
09/05/2003